Jean – Etienne LIOTARD (Genève 1702 – 1789)

Trompe l’œil au portrait de l’impératrice Marie – Thérèse d’Autriche

Panneau de résineux, une planche, non parqueté
36 x 43 cm

Estimation

300 000 / 400 000 €

Date et lieu de vente

11 juin 2026 - Paris, Hôtel Drouot

Fiche descriptive

Expositions :
Jean – Etienne Liotard, Londres, Royal Academy of Arts, 2015 – 2016, n° 77, reproduit ;
Le Trompe l’œil de 1520 à nos jours, Paris, Musée Marmottan, 2024 – 2025, n° 39, reproduit.

Bibliographie :
M. Roethlisberger, « Liotard mis à jour », in Zeitschrift fûr Schweizerische Archäologie und Kunstgeschichte (ZAK), vol. 71 (2 – 3), 2014, pp. 187 – 200, reproduit p. 192 ;
B. Stollberg – Rilinger, Maria Theresia. Die Kaiserin in ihrer Zeit, Münich, 2017, reproduit en couverture ;
M. Roethlisberger, Catalogue de l’exposition The most beautiful pastel ever seen. The Chocolate Girl by Jean – Etienne Liotard, Dresde, 2018 – 2019, reproduit p. 34, fig. 6.

Pline l’Ancien rapporte que Zeuxis, le peintre grec du IVème siècle avant J. C., peignit des raisins d’une manière si réaliste, que les oiseaux s’y trompèrent et cherchèrent à les picorer.
Par un ensemble de procédés, comme le jeu sur le relief et la perspective, le peintre cherche à créer une illusion, afin que le spectateur ne puisse différencier la réalité de l’œuvre peinte. Le procédé a été utilisé par les plus grands artistes, tel Giotto à Assise, Raphael au Vatican qui recréa des soubassements fictifs sous ses immenses fresques. Ou bien au XVIIIème siècle Gianbattista Tiepolo à la villa Valmarana ai Nani. Au XIXème, Louis Léopold Boilly, passait pour un maître du genre.

Marcel Roethlisberger cite une dizaine de Trompe l’œil peints par Liotard au cours de sa carrière, la plupart exposés entre 1771 et 1773 à Paris et à Londres. Seulement trois nous sont connus aujourd’hui :
– Le Trompe l’œil aux empruntes de plâtre et dessins, appartenant à la Frick Collection de New York (voir M. Roethlisberger et R. Loche, Liotard, Doornspijk, 2008, n°466, reproduit fig. 370)
– Le Trompe l’œil au raisin, conservé au Kunsthistorisches Museum de Vienne (voir Opus cité supra, n° 459, reproduit fig. 371).

– Notre panneau, découvert il y a quelques années, est le troisième.

Notre Trompe l’œil se présente sous la forme d’un portrait de Marie – Thérèse, en partie caché par un couvercle coulissant sur lequel est accroché un médaillon en plâtre. Il offre un compromis entre le portrait et la nature morte.

L’impératrice, de trois – quarts, est revêtue d’un manteau bleu d’hiver bordé de fourrures et d’un bonnet de dentelles. Il s’agit d’une reprise partielle du portrait au pastel fait par Liotard en 1762 lors du deuxième séjour à Vienne, appartenant aujourd’hui à une collection privée, (ancienne collection Kuranda – 79 x 61 cm) ; (voir M. Roethlisberger et R. Loche, Opus cité supra, n° 392, reproduit fig. 559). Notre trompe l’œil date de la même période.

La partie gauche du portrait est caché par le couvercle d’un panneau coulissant dont on voit le mécanisme en haut. Pour représenter ce couvercle et lui donner ce côté réalmiste, Liotard se sert des veines de son panneau .
Un médaillon ovale en bas – relief, représentant un homme barbu de profil est accroché sur ce couvercle, à l’extrême gauche. Il rappelle les deux bas – reliefs du trompe l’œil de la Frick Collection cité plus haut.
Plusieurs interprétations ont été données par Marcel Roethlisberger quant à cette composition assez dépouillée et mystérieuse, et l’identification de la figure du petit bas – relief. Les interrogations demeurent. S’agit – il d’Héraclite, de Diogène ? Liotard a t -il fait preuve d’humour, ou bien s’agit – il d’une réflexion politique ou philosophique ? En escamotant en partie le visage de l’impératrice, n’a t – il pas voulu actualiser le fameux « Ôte toi de mon soleil » lancé par le philosophe grec à Alexandre le Grand, et illustrer la vanité du pouvoir ? Ne s’est – il pas représenté lui – même ?

Liotard a séjourné trois fois à Vienne. Son premier voyage a lieu en 1743 – 1744, alors qu’il rentre de Constantinople. On le surnomme d’ailleurs le peintre turc, en raison notamment de sa barbe et de ses vêtements, il a été marqué par la culture ottomane. Il est depuis quelques années un portraitiste renommé, François de Lorraine et Marie – Thérèse, alors nouveaux souverains, lui commandent différents portraits. Il travaille également pour de nombreux membres de la cour.
Par la suite, Liotard retournera à Vienne en 1762 puis 1777.

Il est difficile d’établir un catalogue strict des portraits de l’impératrice que fit Liotard au cours de ses trois voyages, tant il y eut de répliques, de collaborations et de reprises dérivant d’un même portrait. Lors du deuxième séjour de 1762, il exécute notamment la célèbre série de portraits des onze enfants de Marie – Thérèse (voir le catalogue de l’exposition Dessins de Liotard, Paris, Musée du Louvre, 1992, n°s 111 à 122, reproduits).

Marie – Thérèse d’Autriche (Vienne 1717 – 1780) est la dernière des Habsbourg, et la fondatrice avec son mari François III de Lorraine de la dynastie d’Habsbourg – Lorraine. Elle succède à son père Charles VI en 1740, héritant de l’Autriche, de la Hongrie, de la Croatie et de la Bohême, avec le titre d’Impératrice du Saint Empire Germanique. Elle eut seize enfants. Deux de ses fils furent empereurs, une de ses filles fut la reine Marie – Antoinette. Elle est considérée comme l’un des plus grands monarques du XVIIIème siècle, aussi bien sur le plan intérieur que pour sa politique étrangère.

Célèbre par ses portraits au pastel, Liotard était également miniaturiste, dessinateur et graveur. En 1782, il s’établit définitivement à Confignon, près de Genève. Avançant en âge, il abandonne plus ou moins l’art du portrait, se consacrant tel Chardin, à la représentation de son univers immédiat, et s’oriente alors vers la nature morte, en prenant pour modèle des objets familiers et les fruits de son jardin. Avec cette curieuse allégorie, Liotard rejoint ici Watteau et sa fameuse Enseigne de Gersaint où un jeune serviteur rentre précautionneusement le portrait de Louis XIV dans une caisse.

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