Miguel GONZALEZ (Mexique, vers 1664/66 - après 1704)
Le Calvaire
Panneau, trois planches, non parqueté, avec incrustations de nacre « Enconchado »
60 x 81 cm
Signé en bas vers la droite Miguel Gonzalez / Fat
Inscriptions en bas à gauche San Juan ; padecio bajo el / poder de Poncio / Pilato fue crucifi / cado muerto i / sepultado / 5
Fentes au panneau
Estimation
Date et lieu de vente
Fiche descriptive
Provenance :
Acquis par les grands-parents de l’actuel propriétaire au début du XXe siècle.
Aujourd’hui rares sont les œuvres de Miguel Gonzales à circuler sur le marché, la grande majorité des œuvres sont conservées dans des institutions, citons notamment La Vierge de Guadalupe du Los Angeles County Museum of Art, L’Adoration des Mages du Metropolitan Museum of Art, le cycle de La Conquête du Mexique du musée des Beaux-Arts de Buenos Aires, ou encore celui du musée de l’Amérique à Madrid.
La Crucifixion est ici représentée avec deux scènes latérales : à gauche la Flagellation devant le grand prêtre, à droite la Mise au Tombeau. Le Christ, le bon et le mauvais Larron, sont sur leurs croix, autour d’eux douze personnages dont certains sont connus : La Vierge, saint Jean, Marie Madeleine…mais aussi trois soldats qui jouent aux dés la tunique du Christ. Un cavalier romain, prêt pour le coup de lance et d’autres soldats.
Notre tableau est un « enconchado » (concha signifiant coquillage en espagnol), technique inventée au Mexique à la seconde moitié du XVIIe siècle, sous l’influence asiatique des laques japonaises Nanban. Durant toute la période coloniale, le Mexique a connu un afflux important de marchandises asiatiques grâce aux légendaires galions de Manille, qui reliaient l’Orient à l’Occident. Les ambassades japonaises au Mexique en 1610 et 1614 ont également contribué à l’engouement pour les objets d’inspiration asiatique. Les enconchados étaient destinés à l’élite espagnole et créole qui constituait la noblesse de la vice-royauté de Nouvelle-Espagne, mais étaient également très prisés des collectionneurs européens. Certains artistes se sont spécialisés dans cette technique, Miguel González, Juan González, Nicolás de Correa et Antonio de Santander, qui ont parfois signé leurs œuvres.
Miguel González, qui a travaillé avec Juan Gonzalez sans être forcément son frère, est considéré comme l’un des principaux maîtres de l’enconchado. Connu également sous le nom de « El Conchero », il fut probablement formé par son père, Tomás González, maître laqueur. Il s’installa à Mexico vers 1688/1689 et fut actif en Nouvelle-Espagne entre 1690 et 1705.
Depuis le début du XXe siècle, l’étude des peintures incrustées de nacre est étroitement liée à Miguel González et, dans une moindre mesure, à Juan González, artistes dont on sait peu de choses mais dont l’importance dans ce domaine demeure considérable. Parmi les ensembles les plus célèbres figurent plusieurs séries consacrées à la Conquête du Mexique, ainsi qu’une suite de douze panneaux illustrant le Credo et les Apôtres, conservée au Musée national de la vice-royauté de Tepotzotlán.
Miguel et Juan González utilisèrent fréquemment des gravures maniéristes européennes comme modèles, qu’ils adaptèrent librement dans leurs compositions.
Ce tableau représentant La Crucifixion faisait assurément partie d’une série consacrée aux « Allégories du Credo ». C’est pourquoi le chiffre 5 y est inscrit ainsi que la phrase : « Saint Jean : il souffrit sous Ponce Pilate, fut crucifié, mourut et fut enseveli. »
Les recherches récentes ont souligné l’importance des González dans le développement de cette production mêlant traditions européennes et goût local pour les laques japonaises Namban. Si l’hypothèse d’une origine asiatique de la famille a été avancée, aucune preuve ne permet aujourd’hui de la confirmer.
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