Fiche descriptive
Provenance :
Vente anonyme, New-York, Parke Bernet, 3 décembre 1942, n°35, reproduit ;
Vente anonyme, Paris, (Ader-Tajan), 10 avril 1992, n°47, reproduit ;
Acquis à cette vente par le père des actuels propriétaires.
Bibliographie :
A. M. Passez, Adelaïde Labille Guiard, 1749-1803, Paris, 1973, n°71, reproduit pl. LVIII (localisation inconnue).
Plusieurs versions du portrait présenté par Adélaïde Labille-Guiard au Salon de 1787 sont aujourd’hui connues. Outre notre tableau et la version exposée au Salon, cinq autres exemplaires ont été répertoriés, parmi lesquels figurent quatre répliques autographes. Citons notamment la réplique ovale conservée au château de Versailles (voir opus cité supra, n°75, reproduit). Notre œuvre appartient au groupe restreint des deux études actuellement identifiées pour cette composition ; la seconde est une esquisse autrefois conservée dans la collection Jules Porgès (voir opus cité supra, n°70, reproduit).
Madame Élisabeth est représentée dans une toilette annonçant déjà les goûts vestimentaires du Directoire. Notre version se distingue par une harmonieuse gamme de blancs et de bleus, tandis que le tableau définitif présenté au Salon privilégie des tonalités de blanc, d’ivoire et de gris. Plusieurs variantes différencient également notre composition de la version du Salon, notamment le cadrage, ainsi que l’ajout d’attributs tels que le cahier de musique, la mappemonde et la plume ornant la coiffure, enrichissant la portée intellectuelle et symbolique du portrait.
Madame Élisabeth, née en 1764, est la plus jeune fille du dauphin Louis de France et de Marie-Josèphe de Saxe, ainsi que la sœur de Louis XVI. Élevée à la cour de Versailles dans un profond attachement à la religion et aux valeurs monarchiques, elle se distingue par sa piété, sa discrétion et son dévouement envers la famille royale. Refusant de quitter la France pendant la Révolution, elle demeure aux côtés de son frère et partage l’emprisonnement des souverains au Temple après la chute de la monarchie. Arrêtée sous la Terreur, elle est guillotinée en 1794. Son image, associée à la fidélité dynastique et à la vertu chrétienne, a durablement marqué l’iconographie royale de la fin de l’Ancien Régime.
Formée d’abord à la miniature, puis au pastel dans l’atelier de Quentin de La Tour, et enfin à la peinture à l’huile chez François-André Vincent, Adélaïde Labille-Guiard est l’une des plus importantes portraitistes françaises de la fin du XVIIIᵉ siècle. Elle connaît un succès rapide grâce à la finesse psychologique de ses portraits et à la qualité de son dessin. Reçue à l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1783, la même année qu’Élisabeth Vigée Le Brun, elle s’impose dans les milieux aristocratiques et réalise plusieurs portraits de membres de la famille royale. Son style se caractérise par une grande élégance, des harmonies colorées délicates et une attention particulière au rendu des étoffes et des carnations. Figure majeure de la peinture féminine sous l’Ancien Régime, elle contribue également à défendre la place des femmes artistes au sein des institutions académiques.
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