Attribué à Christoph AMBERGER (1500/10 - 1561/62)

Portrait d'homme à mi-corps

Panneau de tilleul, deux planches, renforcé
83 x 65 cm
Cachet de cire au revers de l’Office pour l’exportation d’objet d’art à Florence.

Estimation

40 000 / 60 000 €

Date et lieu de vente

16 juin 2026 - Roubaix

Fiche descriptive

Provenance :
Peut-être collection comtesse de Behague et marquis de Ganay ;
Chez Pardo, Paris, vers 1950 ;
Collection Mr Marcel Leclercq-Masurel à Roubaix en 1959.

L’œuvre se rattache à la Renaissance allemande, au sein de laquelle le portrait individuel connaît un développement majeur. Cette tradition est notamment structurée par les figures d’Albrecht Dürer et de Hans Holbein le Jeune, ce dernier formé dans le milieu germanique avant de poursuivre sa carrière en Angleterre au service d’Henri VIII. Tous deux contribuent à fixer des modèles de représentation fondés sur un haut degré d’individualisation et une forte concentration sur la présence du modèle.
Dans ce contexte, d’autres peintres tels que Christoph Amberger ou Bartholomäus Bruyn l’Ancien occupent une place importante dans le développement du portrait dans les régions du sud du Saint-Empire. Leur production, bien que partiellement conservée et parfois difficile à attribuer avec certitude, témoigne de la diffusion de ces modèles dans les milieux urbains et patriciens.
Le recours au fond monochrome constitue l’une des caractéristiques formelles récurrentes du portrait européen du XVIe siècle. Loin d’être un simple choix de neutralité, ce dispositif participe à la construction de l’image en isolant la figure de tout contexte spatial ou narratif. Il permet ainsi de concentrer la lecture sur le visage et le costume, tout en renforçant la présence du modèle.
Dans ce cadre, le fond vert apparaît comme une variante particulièrement répandue. Il est employé par des peintres de premier plan comme Albrecht Dürer, dans le portrait de l’empereur Maximilien Ier (1519), Georg Pencz dans celui de Martin Luther (1533), Lucas Cranach ou encore Hans Holbein, qui en fait notamment l’écrin du portrait d’Érasme ainsi que de plusieurs portraits d’humanistes et de notables. Cette solution formelle se retrouve également dans d’autres aires artistiques, notamment chez Agnolo Bronzino en Italie, ainsi que chez Corneille de Lyon en France, où elle devient presque systématique dans les années 1540.

Ce portrait trouve ses résonances les plus proches avec l’œuvre de Christoph Amberger. Actif à Augsbourg, celui-ci occupe une place importante dans la production de portraits du patriciat de cette grande métropole marchande et financière. Il est aujourd’hui considéré comme l’une des figures majeures de la génération postérieure à Dürer.
Amberger travaille pour des commanditaires liés à l’entourage impérial et aux élites urbaines du Saint-Empire. Sa formation et son parcours le placent au croisement des traditions germaniques et des influences italiennes et vénitiennes, notamment celles de Holbein et de Titien. Son œuvre témoigne d’une synthèse entre ces apports, dans un langage pictural caractérisé par une grande sobriété de composition et une attention marquée à la caractérisation des modèles.
Plusieurs portraits qui lui sont donnés présentent des caractéristiques formelles proches : usage du panneau à fond vert uni, cadrage à mi-corps, absence de dispositif narratif et accent mis sur la figure individuelle et le costume, la représentation des mains et des textures, en particulier la fourrure. Parmi les oeuvres de comparaison, peuvent être cités le Portrait du cosmographe Sebastian Münster (Berlin, Gemäldegalerie, voir A. Kranz, Christoph Amberger, Bildnismaler zu Augsburg, Munich, 2004, n°46, reproduit fig. 88) ainsi que le Portrait d’Ulrich Sulzer (Vienne, Kunsthistorisches Museum ; voir opus cité supra, n°20, reproduit fig. 66), réalisé dans un contexte de reconnaissance sociale au sein du patriciat augsbourgeois. Dans cette perspective, le modèle pourrait appartenir aux élites urbaines du sud du Saint-Empire, patriciat ou grande bourgeoisie marchande, sans qu’il soit possible de préciser davantage son identité. Ce type de commanditaire, actif dans les grandes cités rhénanes et souabes, est caractérisé par son insertion dans les réseaux économiques et culturels de son temps, ainsi que par une attention importante portée à la représentation de soi.

Ce portrait anonyme constitue un témoignage représentatif des pratiques du portrait d’apparat dans l’Europe du Nord vers 1540. Il s’inscrit dans une culture visuelle centrée sur la représentation de l’individu et de son statut social, dans un cadre formel marqué par la sobriété et la concentration de la figure.
La qualité du fond peint, traité en aplats et formant un contraste chromatique marqué avec la figure, contribue à isoler le modèle et à renforcer sa présence dans l’espace pictural.

L’ensemble reflète les conventions du portrait développé dans le Saint-Empire au cours du XVIe siècle, où l’individualisation du modèle s’accompagne d’une grande économie de moyens narratifs.

Nous remercions Madame Juliette Souperbie pour son aide dans la rédaction de cette notice.

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