Attribué à Joachim von SANDRART (1606-1688)

Portrait d'un officier tenant une hache

Toile
90,5 x 73,5 cm

Estimation

20 000 - 30 000 €

Date et lieu de vente

Antique et Classique Vendredi 5 décembre 2025 – 14h Drouot - salle 5

Fiche descriptive

Provenance :
– Vente anonyme, Londres, Sotheby’s, 12 juillet 2001, n° 418 (reproduit, comme attribué à Nicolas Régnier, dit Renieri)
– Collection particulière, France
Bibliographie :
– A. Lemoine, Nicolas Régnier (alias Niccolò Renieri), ca. 1588-1667, Peintre, collectionneur et marchand d’art, Paris, 2007, p. 341, R. 116 (non reproduit)
Ce remarquable portrait d’un guerrier capte immédiatement l’attention, tout en conservant une certaine part de mystère. Au-delà de la maîtrise technique évidente, plusieurs éléments intriguent rapidement : le teint singulier du visage, sa physionomie marquée, et cette hache, tenue avec une certaine fierté.
Si l’attribution à Nicolas Régnier, proposée en 2001, pouvait sembler justifiée à l’époque, les recherches menées depuis, notamment par la spécialiste de l’artiste qui l’a rejetée dès 2004, rendent aujourd’hui cette hypothèse caduque. Nous ne sommes pas en présence d’un portrait d’inspiration «caravagesque», comme ceux que Régnier a pu peindre, mais bien d’une œuvre «ténébriste» : contrastes marqués, lumière dramatique, traitement large et généreux du tissu. Ces caractéristiques évoquent davantage certains artistes du Nord ayant séjourné en Italie, comme Gerrit van Honthorst (1592-1656), et surtout Johann Liss (vers 1595-1631), dont on retrouve ici les tons de bleu et les drapés amples.
Les diverses hypothèses avancées quant à une origine française, italienne ou flamande de l’œuvre, souvent par défaut, ne tiennent plus à l’examen approfondi de la toile. L’artiste a très probablement voyagé en Italie, puisé dans différentes influences, notamment vénitiennes – celles de Domenico Fetti, Johann Liss ou même de Régnier -, pour en restituer une synthèse personnelle. Ce portrait combine ainsi des éléments de l’art italien et de la peinture flamande du début du XVIIe siècle, tout en affirmant une singularité : traitement du visage à la carnation olivâtre, nez fort, regard accentué par une touche claire soulignant l’orbite.
Ces indices nous ont conduits à proposer une attribution à Joachim von Sandrart, dit le Vieux (1606-1688), peintre, graveur et théoricien de l’art originaire de Francfort, aux racines hennuyères. Élève de Gerrit Honthorst, il le suit en Italie, où il reçoit l’appui du collectionneur Vincenzo Giustiniani, qui lui confie la gravure de sa collection de sculptures ainsi que plusieurs commandes (aujourd’hui perdues). À Rome, il est également sollicité par les Barberini pour un portrait du pape Urbain VIII (non localisé). À Venise, où il séjourne avec Johann Liss, il copie les maîtres vénitiens du XVIe siècle, avant de fuir la ville frappée par la peste. Il résidera ensuite à Amsterdam, Nuremberg et Augsbourg, où il jouit de l’estime des élites intellectuelles et politiques.
On retrouve dans ce portrait plusieurs éléments caractéristiques de Sandrart : palette sourde, presque terreuse ; modelé ample des drapés ; effets de lumière maîtrisés, similaires à ceux observés dans sa série des Mois conservée au château de Schleissheim. Le visage de saint Sébastien peint pour l’église jésuite de Landshut présente d’ailleurs une grande proximité avec celui de notre officier – jusqu’à la coiffure. On y retrouve aussi ce fameux nez puissant et cette manière de traiter les yeux avec une nuance plus claire soulignant l’orbite.
Quant au modèle représenté, son identification demeure complexe. La hache qu’il tient semble davantage renvoyer à un ingénieur militaire – ce que l’on désignera plus tard comme un «sapeur» – qu’à un attribut d’ordre héraldique. Sa corpulence, elle aussi inhabituelle, évoque autant celle de certains patriciens d’Amsterdam, tel Jacob Bicker (1612-1676), que celle de figures militaires comme Ottavio Piccolomini d’Aragona (1599-1656), duc d’Amalfi.
Nous remercions monsieur Moana Weil pour son aide dans la rédaction de cette fiche.

Maison de vente

GIQUELLO
Antique et Classique
Vendredi 5 décembre 2025 – 14h
Drouot – salle 5